Ecrire, ça sert à couper des arbres.

Les jeunettes qui pondent des livres et décrochent des prix littéraires tout en vivant une vie de famille épanouie, je les emmerde. 

Moi aussi je vis une vie merveilleuse. Ne me vexe pas. Tu sais bien que je n’aime pas qu’on se moque de moi. C’est déjà pas mal comme début, bien rageur comme il le faut. 

Il faudrait une intrigue, mais je n’en ai pas. Cela risque d’être plat comme histoire. 

Il faut ruser aujourd’hui. Avoir une petite place au milieu des parasols et des serviettes. L’image est faible, je sais. Mais j’aime l’été et encore hier j’étais à la plage. 

J’ai parfois du mal à me lever, quand je pense à ma vie insignifiante. Mais lorsque je pense au grain de sable, alors ça va mieux. Je suis contente de vivre ma vie de grain de sable qui pense. Avec beaucoup de grains de sable, on purifie l’eau, indispensable à la vie sur Terre. Un grain de sable tout seul, ça ne sert strictement à rien. Je pense que c’est pareil pour les humains. Seuls, nous ne valons rien. Certains grains de sable ont plus d’éclats que d’autres. Et je vais te le prouver, en écrivant ces lignes comme tu me l’as demandé. 

Je ne fais qu’obéir lâchement. Je n’ai aucune volonté propre. Je fais ce que tu me dis. Pour être une bonne élève, pour que tu m’aimes, pour te faire plaisir. C’est pathétique je sais. Je ne suis toujours pas sortie de mes schémas d’enfance. C’est banal. J’ai bientôt quarante ans et je suis une gamine aux seins mollassons. Le contraste est choquant. Je m’entrechoque. Assez avec mes sarcasmes. La vie est belle. Ma vie est belle. Je suis une femme épanouie, heureuse, je brille de tout mon être. Oui.

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