Ecrire, ça sert à couper des arbres.

Comme si la vie ne suffisait pas, j’ai remarqué que l’époque était à l’emphase. On est HYPER contents de se voir, moi la première, on a incroyablement bien dormi dans ce lit king size. Tout est démesurément grand, même les sentiments. Ce n’est plus possible de s’ennuyer, de passer une journée morne sans vouloir avaler la boîte de comprimés. Je dois commencer par une routine matinale bien calibrée, pour me prouver que je suis hyper saine comme meuf. Ensuite j’investis dans mon capital santé, je retarde mon vieillissement, je dors, je respire, je médite, je prends une photo de mon caca. Je fais tout ce que je peux pour ne pas ressembler à la folle que je suis devenue. J’ai le contrôle. Tout est sous contrôle. Mais le plus important nous échappe. Le sens de tout ça. Pourquoi est-ce qu’on veut absolument durer dans le temps ? Pour ne pas mourir ? J’ai pas envie qu’on m’enterre trop vite, mais je sais que je n’ai pas comme but dans la vie d’enterrer tous mes amis. Et si on ne mourrait plus ? On fait au mieux pour être en forme et en profiter le plus longtemps possible, mais peut-on parler d’autre chose que de routine matinale et de compléments alimentaires ? Je vais me faire un petit déjeuner hyperprotéiné, et je reviens…

J’ai une belle vie. J’ai beaucoup de chance. D’ailleurs parfois je ne trouve pas d’inspiration, je n’ai pas assez de problèmes pour écrire un roman d’envergure. 

Je n’ai pas assez de blessures, je suis trop heureuse, je cultive ma joie en plus de tout cela. C’est un muscle la joie. Non pas du tout. Mais pourquoi pas ? On peut imaginer que c’est un muscle, ou bien que ça s’aiguise comme un talent. On peut avoir un talent pour la gaieté. Ou pour la mélancolie. Ceux qui ont les deux sont vraiment gâtés. Quand je dis que je n’ai pas de problèmes, j’ai deux enfants. Je ne sais pas si ça compte. Je pense que si. 

Ma vie est remplie de goûters à acheter, de chaussettes à laver,  de shampoing anti-poux et de blagues de toto. C’est bruyant, c’est sale, c’est drôle, c’est câlin. 

J’aime mes enfants. Ils sont finalement ce que j’ai de plus précieux. En même temps, je ne suis pas très bijoux. Enfin, ils sont assez particuliers comme enfants. 

Je ne pense pas qu’on en trouve d’autres comme ça. 

Tellement affables, drôles, bordéliques, épuisants. 

Nos amis les adorent. D’ailleurs ce sont eux qu’ils viennent voir quand ils nous rendent visite. 

Je passe ma vie à essayer de dompter ce chaos. Ce bouillonnement permanent me demande une grande force. Force qui me manque souvent.

Les actes sont comme les pierres, les paroles sont comme le vent. 

Un petit poème en passant… 

J’ai rêvé que je dormais

mais je ne dormais pas 

mes yeux étaient enfoncés 

dans leurs orbites, 

tournés vers un autre monde

celui du dedans. 

La chaleur épuisait mes sens

mais mon esprit ondulait comme un serpent 

je respirais par le trou d’une paille

depuis la fournaise de ma chambre

je respirais par mes fêlures

à travers mes entrailles

J’ai cru étouffer ici

mais le temps a passé 

je me suis délestée 

et depuis je voyage en montgolfière

je ne regarde plus en bas,

je ne regarde plus derrière, 

je suis les oiseaux qui m’accompagnent

au devant. 

Je ne me suis jamais réveillée

je rêve encore que je dors. 

Et c’est très bien comme ça. 

Basta. 

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