Ecrire, ça sert à couper des arbres.

Rentrer dans une maison qui sent le poêle qu’on vient d’allumer ; se dévêtir immédiatement, quitter les tissus qui serrent, qui grattent, qui étouffent les entrailles. Se répandre sur un canapé négligemment, écouter le murmure des pierres centenaires. Ouvrir une fenêtre et sentir les bonnes odeurs de repas en préparation, chez les autres. Puis fermer la fenêtre sur l’extérieur, faire disparaître les autres.

Le salon se transforme soudainement en terrain de footbal. Le ballon est en mousse, unique victoire sur mes infimes exigences. Sur le parquet grinçant, les petits pieds s’affairent à marquer des buts, se jetant au sol en rebondissant de tout son petit corps.

J’apprends à faire des concessions en tant que mère. On s’arrange avec ses principes, tout est question de priorité, tu sais. Je m’arrange surtout pour que mes enfants restent en vie. J’ai arrêté de viser plus haut que ça.

Dans le fauteuil en face de moi, me jugeant de leurs petites billes noires : un éléphant bleu en velours, un ours gris hirsute et une tortue de mer toute douce. Je suis épiée par des créatures pacifistes qui semblent vouloir me dire « hey! Tu l’as voulu ! »

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