Ecrire, ça sert à couper des arbres.

Je voudrais bien devenir une mignonne petite vieille. On m’a raconté une histoire récemment. Et tu sais comme j’aime les histoires.

Un vieil homme, avait une femme des années plus tôt, qu’il aimait plus que tout mais avec qui il ne vivait plus, parce que la vie. Tu sais bien comme elle peut être, une vraie bitch.

La vie les avait donc séparés, mais ils étaient encore plein d’amour et de tendresse, comme on est bien souvent après avoir aimé quelqu’un pour de vrai.
Donc ils n’étaient plus ensemble, ils vivaient  même assez loin l’un de l’autre. Les vieux jours sonnant, le vieil homme parvenait encore à vivre chez lui avec une simple aide ménagère et quelques voisins attentionnés. La veille femme en revanche, avait été placée en maison de vieux, pour la simple raison (et je trouve cela affreux), qu’elle ne faisait pas son âge. C’est-à-dire qu’elle se sentait très jeune dans sa tête, mais son corps ne suivait plus ses envies. Elle se mettait dans des situations cocasses, parfois humiliantes, et un psychologue un peu zélé, avait acté de la placer en prison pour le restant de ses jours.  

Ce qui avait déclenché la procédure de déshumanisation, fut le jour où elle s’était retrouvée coincée dans une position inconvenante aux yeux des secouristes, après avoir dansé le rock dans son salon exigu. Triste société dans laquelle on met les vieux en prison quand ils dansent le rock.


La petite vieille se retrouve dans un centre à Marseille, pour rassurer sa tendre fille et son psychologue, mais elle dépérit à mesure que les mois passent. C’est la plus en forme de tous les petits vieux et les petites vieilles du centre, elle s’ennuie, elle déprime, elle perd la boule.  Alors son petit vieux, éternel amoureux, se met à lui écrire de longues lettres, pour lui remonter le moral, la faire rire, ou au moins sourire. Il se met à chercher des petits cadeaux symboliques à lui envoyer, comme du papier à lettres, ou des pastilles Vichy, des bonbons à la réglisse, en souvenir de leurs jeunes années. Mais pour aller lui chercher ses petits trésors, il doit lui-même prendre des risques et sortir de sa petite maison, prendre sa voiture, marcher dans les allées du supermarché de sa démarche tremblante… Mais lui, il est libre me dit-il. Alors il n’hésite plus, il fait tout ce qui est possible pour son amoureuse, en attendant le jour de son envol et sans aucun doute, de leurs retrouvailles.

Oui je sais, cette histoire fait monter les larmes. Le nez qui pique c’est normal aussi. 

Mais pour être une vieille Bambi, il faut déjà avoir le luxe de vieillir. Ce qui n’est pas si aisé quand on est inconséquente comme moi.

J’aimerais te dire que le monde est magnifique, que la vie est un miracle, que les enfants sont notre espoir. Mais je sens que le monde sombre dans une drôle de folie mêlée d’obscurité et j’ai beau rassembler tout mon courage, parfois il est vrai, je baisse les bras. La lutte est belle quand elle est insensée. Même si la chance est infime, on pense encore qu’on va gagner la partie. C’est un truc humain. Une lutte pour notre survie. 

Le monde est en train de flamber. Certains sûrement se congratulent d’avoir si bien préparé leurs arrières. Moi je cherche déjà les mots d’excuses. Mais je n’en ai plus honte. J’accepte mon impuissance face à cette société qui s’est emballée. J’accepte de n’être qu’un tout petit grain de sable, dans une tornade d’informations biaisées, invérifiables, désenchantées. Le monde est désenchanté, toute la magie aura bientôt disparu, même les baleines ne chantent plus.

Comment leur dire ? Nous pardonneront ils ? Il ne reste que les mots d’excuse. Pour expliquer pourquoi on a pas réussi, on a pas su arrêter le désastre.

Et pourtant… Et pourtant ! Je sens comme une force invincible en moi. Un super pouvoir qui revient aux heures de grand désespoir. Comme une mélodie qu’on m’aurait chantonné petite, c’est le chant d’espoir du monde. Il est en moi, en toi, en nous tous et toutes.

On peut l’invoquer comme un esprit protecteur, qui guide nos cœurs impétueux. Imparfaits nous sommes, pêcheurs pris dans la tempête, instables, perdus dans un océan de doutes. Mais nous survivons, nous guérissons, et nous reprenons toujours le large.  

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